La vraie indécence, c’est ton commentaire.
Dans une salle décorée de fleurs et de conventions familiales, une femme brillait. Pas juste jolie. Brillante.
Elle s’appelle Sagesse. Oui, comme un oracle féministe en Doc Martens.
Elle est médecin. Gynéco. Mère. Amoureuse.
Elle a tout recommencé. Elle s’est relevée. Elle a tout choisi.
Et ce jour-là, elle portait une combi rouge sublime, avec un décolleté qui disait :
“Je suis là. Je vis. Et je m’aime, bordel.”
Mais voilà.
Il y a toujours un vieux porc triste dans l’assemblée.
Un de ceux qui ont eu le pouvoir trop longtemps, et qui flippent à l’idée qu’une femme puisse en avoir plus qu’eux sans leur demander la permission.
Alors il a braillé.
Comme un ado frustré en pleine crise de virilité.
Comme un daron de pacotille qu’on aurait laissé trop longtemps commenter les matchs depuis son canapé.
“Je vois tes seins ! SEINS SEINS SEINS !”
C’est pas une blague. C’est la vraie vie.
Et tout le monde a baissé les yeux.
Sauf moi.
Parce que regarder, c’est pas un crime. Mais commenter pour humilier, si.
Ce n’était pas une remarque. C’était une tentative de remise en place.
Un “n’oublie pas que t’es qu’un corps”.
Un “si tu montres, tu consens”.
Un “je te ramène à ta condition d’objet” en direct et en public.
Et moi, j’ai sorti la lame. La parole.
“Ça va pas ou quoi ? Pourquoi tu lui parles de ses seins ?”
Il a dit :
“Elle les montre, je regarde.”
J’ai répondu :
“Ben tu la gênes. Et ça t’apporte quoi ?”
Il a tenté un comeback niveau vestiaire masculin :
“Si je sors mes couilles, tu regardes pas ?”
Moi :
“Non.”
Parce que les couilles, c’est moche. Personne veut voir ça.
Parce qu’on va pas comparer la vulgaire suspension testiculaire au corps d’une femme.
Le corps d’une femme, c’est une œuvre.
C’est un monde.
C’est la définition même du sacré — avec ou sans enfant.
Et là, en l’occurrence, elle est gynéco. Et mère.
Elle soigne, elle soutient, elle sauve. Elle porte la vie et l’assume — la sienne, celle des autres.
Et toi, t’es juste là à baver ton patriarcat comme un vieux clébard devant une vitrine.
Parce que la honte n’est pas dans le décolleté. Elle est dans les yeux de celui qui pense avoir le droit.
Ce manifeste est pour toutes les femmes à qui on a déjà dit :
— T’as pas honte ?
— Tu l’as bien cherché.
— Tu devrais t’habiller autrement.
— Tu provoques.
Ce manifeste est pour toutes les combis rouges, les robes fendues, les jupes qui tournent, les shorts sans excuses, les décolletés fiers, les je-m’en-fous-je-suis-belle.
Ce manifeste est pour celles qui ont dû s’auto-censurer, justifier, s’excuser d’exister en technicolor dans un monde qui les préfère fades et dociles.
Ce manifeste est pour Sagesse.
Et pour toutes les guerrières qu’on a tenté de réduire.
Nous sommes les filles de toutes les femmes qu’on a voulu faire taire.
Et on a de la voix.
Et des mots comme des battes.
Et des fringues comme des armures.
On écrit.
On publie.
On regarde le patriarcat dans les yeux — et on ne baisse pas les nôtres.
La révolution aura lieu en combi rouge.
Avec des seins. Ou pas.
Avec des cicatrices. Des diplômes. Ou pas. Des gosses. Ou pas. De la rage.
Avec du mascara waterproof et un rire bien plus fort que leurs blagues de beauf.
On ne se laissera plus commenter.
On est là pour reprendre la parole. Et la scène. Et la rue. Et le blog.
Et surtout, notre putain de dignité.
PS :
À toi, la daronne en robe rouge, en jean déchiré, en legging de survie, en pyjama, en tenue de taf ou en tenue de rien du tout —
T’es pas seule.
On te voit.
On t’aime.
Et t’as le droit d’être magnifique sans qu’un mec te réduise.
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