Keeping up with the parents — épisode 3 :
Les mères en compète, quand l’enfant devient une arme sociale et le parc, un terrain de jeu pour les insécurités des adultes.
Au parc, il y a les enfants qui jouent et il y a le reste : les regards, les phrases passives-agressives, les comparaisons, les cartables.
Ce jour-là, je m’assois dans l’herbe pour jouer avec mon fils. Une crotte de nez géante dans une main, une voiture rouge dans l’autre. Et à cinq mètres, le duo Sabine & Carine. Les Tic et Tac de la maternité compétitive
Carine : pick-me, passive-agressive et BB crème
Carine. 35 ans.
Legging noir fatigué, carré attaché à l’arrache.
Une vibe « naturelle » savamment travaillée. BB crème et filtre jugement.
Son sport préféré ?
Diminuer les autres femmes à la pause compote.
Elle parle à voix haute sans vraiment s’adresser à toi, mais assez fort pour que tu comprennes que ton paquet de goûters industriels est une hérésie sociale.
Elle dit qu’elle « cuisine tout maison » tout en zieutant ton sac de goûters comme un huissier en mission et elle te balance des phrases type : « Moi je suis plus copine avec les mecs, les femmes c’est trop de drama »; pendant qu’elle scanne tes fringues comme un IRM textile.
Carine ne me regarde jamais.
Elle me scanne.
Lentement.
Mi-condescendante, mi-jalouse, mi-amusée.
Ce regard à trois dimensions qu’on réserve aux gens qui osent quand nous, on n’ose pas. Le genre de fille qu’elle aimerait être mais sans changer de legging ni risquer d’être soi-même.
Et son mec ?
Une apparition.
Il débarque en trottinette électrique, écouteurs vissés, slalome entre les mômes façon GTA Marseille, s’écrase sur un banc en soupirant.
Il attend.
Je sais pas quoi.
Peut-être que la paternité le touche par Bluetooth.
Un jour, il devait récupérer une paire de chaussons à la crèche.
Résultat : « Je les ai pas trouvés. »
C’était écrit dessus mais bon…
L’effort, tout ça.
Sabine : la confidence invasive
Sabine, c’est une logorrhée humaine. Elle te parle sans te parler. Tu connais toute sa vie après deux passages au parc.
L’adresse exacte de sa meilleure amie (jamais rencontrée).
Les notes de ses belles-filles au bac français.
La profession de son beau-père.
Les fuites stratégiques de son mari (weekend route des vins, concert à Paris, Festival de Cannes…).
Le prix de chaque article acheté au Disney Store, billets de train inclus.
Elle se livre comme si elle était dans un podcast, mais sans micro.
Et moi ?
Je tente désespérément d’esquiver.
J’échoue.
A chaque fois.
Scène de crime : Ue cartable Tann’s & une Tonies
Je suis en train de jouer par terre avec mon fils. Il traîne près d’elles. Je l’accompagne, tranquille. Et là :
Sabine me regarde, zieute mon sac vintage, mes bijoux, mes fringues. Et me dit :
« Je lui ai acheté un cartable Tann’s à 70 euros. Il va le garder deux ans. »
Moi : « Cool. »
Elle insiste. Elle déroule tout le catalogue.
Jusqu’à ce que je dise : « Le mien entre juste en maternelle. Pas besoin de cartable. »
Et là… c’est le moment que Carine choisit pour rentrer en scène, comme une pick-me apprentie Queen B sur tapis rouge :
« La mienne compte jusqu’à 9 »
Moi : « Cool. »
Carine : « Elle a la Tonies avec le personnage. »
Moi : « Cool, tu lui apprends en chantant ? »
Blanc. Elle bugue. Elle capte pas. Et moi je coupe :
« Elle s’en fout ta fille. Elle veut juste que sa maman chante. »
BOUM. Check mate.
Elle se carapate, aller casser les pieds d’une autre maman qui n’a rien demandé. Une mère qui ose… jouer avec son propre enfant, sans l’aide d’un Disney Store ou d’une Tonies.
Le fond de l’histoire
Pendant ce temps-là, Maelle, la fille de Carine, reste avec moi.
Parce que je lui parle.
Parce que je m’intéresse.
Parce que je lui dis « waouh t’es trop forte ! ».
Parce que c’est ça qu’ils veulent, les enfants, être encouragés.
Apprendre.
Qu’on leur parle.
Pas des cartables bleu marine à 70 balles.
Carine et Sabine ne sont pas mes ennemies.
Ce sont des performances vivantes d’insécurité féminine.
Des filles qui jouent à « être différentes des autres filles » tout en cherchant à se faire aimer de celles qu’elles méprisent.
Elles se rassurent en se comparant, en balançant des petites phrases, en mesurant la valeur d’un gosse à la marque de son sac à dos.
Et moi, j’observe.
Avec une tasse de venin… et un peu de compassion planquée au fond.
Parce que le vrai problème, c’est pas moi. C’est pas elles. C’est cette société patriarcale qui les pousse à jouer un jeu truqué. Un jeu où la maternité est une compétition, pas une communauté. Et où les mecs débarquent en trottinette, les écouteurs vissés, pendant qu’on se met en pièce sur des bancs moches.
Queue : Sabrina Carpenter — Man Child (Parce que j’écoute pas que du punk. Et que parfois, les lyrics les plus coupantes sont en paillettes et mini outfit rétro.)
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